Tous les ans, ou presque, début septembre, c'est toujours le même cirque, l'année scolaire commençant par des informations relatées par la presse, et selon lesquelles tel ou tel rectorat d'académie recruterait du personnel enseignant via les sites de petites annonces, et le Landerneau de s'étonner de la chose.

Il y a, pourtant, au sein des universités de France et de Navarre, des milliers d'étudiants titulaires d'une licence ou d'un master et se préparant à la passation d'un CAPES, voire d'une Agrégation, les deux concours qu'il faut réussir pour obtenir un statut d'enseignant titulaire. Les candidats se comptant par milliers, on ne peut que s'interroger sur la méthode consistant à recruter le tout venant via les petites annonces. C'est que chat échaudé craint l'eau froide !

Ce que le grand public ne sait pas forcément, et que la valetaille de l'Éducation Nationale découvre, c'est qu'une fois embauché en septembre, un(e) habitant(e) des Yvelines peut se retrouver muté(e) au Pas-de-Calais, ou inversement, obligeant notre quidam soit à déménager, soit à se farcir de longs déplacements quotidiens, le tout pour un travail précaire et sous payé. Voyez les AESH (Assistants d'Elèves en Situation de Handicap).

Mais il y a presque pire : les embauchés de Septembre ne touchent généralement leur premier salaire qu'en mars ou avril de l'année suivante, moyennant un rappel de salaire pour les mois correspondants, les services comptables des rectorats n'étant visiblement pas foutus de faire ce que n'importe quel employeur du privé est tenu de faire. Imaginez un peu un jeune ayant vendu des hot-dogs chez MacDonalds durant quelques semaines et devant attendre plusieurs mois pour toucher sa paie. Le restaurateur serait condamné par les tribunaux pour violation du Code du Travail. Pas l'Éducation Nationale. Comprenne qui pourra !

Voilà une des choses qui expliquent le gros "turn-over" régnant dans le système scolaire, les quidams écoeurés par les conditions de travail choisissant de se trouver une activité moins stressante. Voyez le nombre d'agressions commises au sein des établissements scolaires, dont certaines mortelles.

Que ceux et celles que la chose intéresse aillent visiter un rectorat d'académie, un mercredi après-midi. Ils risquent d'y entendre moult clameurs, imprécations et jérémiades de professeurs remplaçants se retrouvant sans affectation, donc au chômage, mais privés de toute allocation-chômage pour une infinité de raisons, la plus fréquente étant le mantra : "Il manque une pièce à votre dossier !".

Années 2000. Rectorat de Créteil (93). Le recteur s'appelle Jean-Michel Blanquer. Il deviendra ministre de l'Éducation Nationale en 2017 et conservera son poste durant tout le premier mandat d'Emmanuel Macron.

Un quidam, nous l'appellerons Darko, a exercé durant trois ans la fonction de bibliothécaire. La bibliothèque d'antan s'est muée en C.D.I. Son affectation comme bibliothécaire ayant pris fin, notre ami se rend au rectorat déposer un dossier de demande d'allocation-chômage, la procédure n'étant pas automatique. S'ensuit une navette entre le rectorat et le Pôle-Emploi (qui a changé de nom depuis).

Durant cette navette, le rectorat ne manque jamais de recourir à moult chausses-trappes pour piéger les gogos, à l'instar de la fameuse attestation-employeur, une des grosses ficelles permettant aux gredins de l'Administration de vous faire le coup du dossier éternellement incomplet.

rectorat

Rappelons qu'en qualité de puissance publique, l'Éducation Nationale est tant l'employeur versant les salaires que l'assureur octroyant des indemnités de chômage à ses ex-employés, lesquels doivent, pour être rémunérés, adjoindre à leur dossier une attestation de Pôle-Emploi qu'ils ne seront pas doublement bénéficiaires de l'allocation-chômage. C'est de la gesticulation bureaucratique, mais on est en France, n'est-il pas ?

Le plus stupéfiant, dans l'affaire, c'est lorsque le rectorat réclame des attestations-employeurs qu'il est le seul à pouvoir décerner, dès lors que c'est lui, rectorat d'académie, qui rémunère les travailleurs de l'Éducation Nationale.

Et voilà qu'à l'instar de moult de ses collègues, peu au fait des magouilles de l'Administration, notre Darko s'en est retourné vers le lycée où il a exercé durant trois ans, pour s'entendre dire par le proviseur :

- Mais, c'est le rectorat qui était votre employeur, pas nous !
- Sans blague !

Il a fallu marteler la chose auprès du rectorat pour que, tout d'un coup, la secrétaire, sans se départir de son cynisme, lui envoie un courriel lui enjoignant de contacter le proviseur d'un autre établissement pour un poste de bibliothécaire. Renseignement pris, Darko apprend du chef d'établissement que le poste est déjà pourvu car destiné à un bibliothécaire titulaire.

rectorat

Ah bon ? lui rétorque-t-on au rectorat, tout en lui demandant, par téléphone - afin de ne pas laisser de trace ? - d'envoyer un courriel par lequel il renonce au poste !

- Mais je ne renonce pas au poste ! s
e defend-il.
- La dame du rectorat, inflexible : Si vous voulez continuer à travailler avec nous, il nous faut ce mail par lequel vous renoncez au poste.

Notre ami commence à comprendre le fin mot de l'histoire : afin de faire des énonomies budgétaires, moult administrations en sont réduites à recourir à la magouille, en choisissant de ne pas rémunérer, qui des chômeurs, qui des retraités. Pour sa part, le rectorat, qui est l'employeur des personnels de l'Éducation Nationale en service dans un département, qu'il s'agisse d'établissements publics ou privés sous contrat, dispose, de fait, d'un pouvoir discrétionnaire lui permettant de faire littéralement chanter ses employés, lequels, pour continuer de travailler (les candidats aux concours ont intérêt à rester dans l'enseignement, ne serait-ce que pour acquérir de l'expérience), doivent souvent accepter de subir les oukases d'officines gouvernementales.

Ailleurs, on appellerait cela du racket !

Il a, donc, fallu se résoudre à envoyer le fameux mail, tout en précisant comment les choses s'étaient passées, à savoir le poste déjà pourvu, donc indisponible.

rectorat

La suite des tribulations de l'ami Darko face au rectorat de Créteil ne manque pas de sel. Réponse du rectorat, inscrite noir sur blanc dans le dossier de demande d'allocation-chômage.

rectorat

Refus de poste, ce qui voulait dire pas d'allocation-chômage, les démissionnaires n'étant pas indemnisés, le tout après près de deux années d'embrouillamini durant lesquelles notre infortuné compère n'avait touché aucun revenu.

Nouveau déplacement au rectorat (le dernier) moyennant un échange véhément avec la secrétaire, qui a ainsi déclaré à notre ami : "Ou vous acceptez la situation, ou vous ne travaillerez plus avec nous !".

Et c'est là que notre chômeur comprend qu'il a réellement affaire à de purs gredins. Mais, non à court de ressources, il décide de s'adresser directement au ministère de l'Éducation Naionale. Le ministre s'appelle Luc Chatel et, ô surprise, il prend l'affaire au sérieux et mobilise ses équipes.

table>

Et voilà que le miracle inespéré se produit : le rectorat de Créteil dirigé par le sieur Jean-Michel Blanquer, futur ministre de l'Éducation Nationale, découvre tout d'un coup que le dénommé Darko était parfaitement éligible à la perception d'une allocation-chômage correspondant à la durée de son affectation précédente, soit trois ans. Voyez un peu un extrait du courrier pétri de langue de bois que Darko a reçu du rectorat.

rectorat
rectorat

"J'ai dû vous adresser de nombreuses lettres...". Cette bonne blague ! Dans les faits, le rectorat s'est bien gardé d'adresser à Darko le moindre courrier qui aurait pu s'avérer compromettant. D'où l'erreur commise par tant de victimes de l'Administration d'avoir le mauvais réflexe d'aller se plaindre sur place, les protestations, si véhémentes soient-elles, ne laissant jamais de trace. Comme aurait dit un personnage du fameux film Les Tontons flingueurs, les c.ns, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît.

Il va sans dire que la totalité du courrier du rectorat affiché ci-dessus relève du plus pur charabia bureaucratique et de la langue de bois, le refus de paiement de l'allocation-chômage ayant été clairement motivé par un supposé "refus de poste". Voyez un peu comment des agents de l'Administration sont capables de mentir effrontément !

Toujours est-il que, le dossier déposé par notre ami deux ans plus tôt étant on ne peut plus complet, il n'a pas eu besoin d'adresser quelque justificatif supplémentaire que ce soit pour voir, enfin, l'allocation-chômage tant désirée atterrir sur son compte bancaire.

L'ami Darko s'est promis d'adresser les plus vifs remerciements à Luc Chatel, grâce à qui il a pu s'éviter une bien pénible expulsion locative pour cause de loyers impayés.

Quant au sieur Jean-Michel Blanquer et à la clique de margoulins du rectorat de Créteil - et ils ne sont pas les seuls ! -, capables des pires turpitudes allant jusqu'au racket, ils portent une lourde responsabilité dans la dégradation des conditions de travail des personnels de l'Éducation Nationale, qu'ils soient titulaires ou simples remplaçants.

UN RACKET D'ÉTAT ! EN FRANCE ! QUI L'EÛT CRU ?

 

 

 

Free Web Hosting